Affiche officielle série Sambre. Sambre écrit en blanc derrière une femme qui marche seule près d'une route.

Sambre – série française

Sambre, mini-série en six épisodes diffusée en 2024, revient sur l’affaire du « violeur de la Sambre », un agresseur en série qui a sévi pendant près de 30 ans. Librement inspirée de faits réels, cette fiction retrace l’enquête des crimes commis entre 1988 à 2018 autour de la rivière de Sambre. Une construction originale : chaque épisode adopte le point de vue d’un·e protagoniste différent·e, dans une temporalité propre, construite à partir d’un travail journalistique minutieux.

Ce qui frappe dès les premiers épisodes, c’est la justesse du jeu, des dialogues, des silences. Rien n’est surjoué ni surligné. Ce n’est pas glauque comme d’autres séries pouvant mettre en scène des crimes en série. Les réactions des victimes, des proches, des professionnel·les, sonnent juste — parfois, souvent même, douloureusement — et font écho à ce que l’on entend encore aujourd’hui dans les lieux d’écoute, d’accompagnement ou de prévention.

Une série réaliste… qui n’oublie pas d’être une fiction

Esthétiquement, Sambre est un bijou discret : le grain de l’image semble évoluer avec les époques traversées, renforçant l’immersion sans jamais voler la vedette à ce qui compte : les faits, les mécanismes sociétaux. Car cette série n’est pas centrée sur l’agresseur. Elle évite soigneusement l’écueil fréquent des séries « true crime » qui esthétisent, voire sexualisent, la violence masculine. Ici, le point de bascule est ailleurs : dans la banalité du silence, le poids de l’inaction, la violence des institutions.

Sambre est une série juste, puissante. Elle interroge. Elle dérange. Elle bouscule.
En tant que professionnel·les ou militant·es, on ne peut qu’être interpellé·es par la précision des détails : l’indifférence d’un agent de police, l’isolement d’une victime, les effets d’un mauvais classement, la parole décrédibilisée. On assiste à l’évolution des pratiques, à des progrès dans la prise en charge — mais aussi à 30 années de souffrance, pour celles qui ont été ignorées, mises en doute, abîmées.

Du politique, du terrain, de l’intime

L’un des épisodes met en scène une maire d’une commune rurale, conspuée par des élus de l’opposition pour avoir osé prendre la parole publiquement. Faute d’actions de la police, elle a organisé une conférence de presse pour alerter les habitant·es sur les agressions en cours dans sa commune. Elle en paiera le prix : sa légitimité politique, sa crédibilité, sa place de femme engagée seront remises en question.

Comment ne pas penser à ces femmes qui, aujourd’hui encore, dénoncent les violences sexuelles dans les sphères médiatiques, politiques ou culturelles, et se retrouvent elles aussi attaquées, soupçonnées, discréditées ?
Qu’elles soient connues ou anonymes, ces lanceuses d’alerte sont souvent renvoyées à leur supposée mauvaise foi, à leur prétendue hystérie ou à des accusations d’opportunisme. On leur dit qu’elles exagèrent, qu’il y a plus grave, ou qu’elles feraient mieux de se taire.
La maire de Sambre — personnage de fiction, mais tellement réaliste — cristallise cette violence faite aux femmes qui prennent la parole.

On voit aussi la violence du « on se connaît tous ici » : les rumeurs, le doute, les regards. Et surtout, l’aveuglement collectif face à un homme intégré, protégé, parfois en lien avec la police. Un homme que « personne n’imaginait » capable de cela.
Impossible de ne pas faire le lien avec les situations actuelles, notamment en milieu rural, où des femmes peinent à dénoncer un conjoint violent… policier, élu, ou simplement homme bien vu dans le village.

Pourquoi regarder Sambre ?

Même si Sambre reste une fiction, elle s’appuie sur des réalités criantes, encore actuelles. Elle peut difficilement être utilisée telle quelle dans un cadre de formation — trop longue, trop dense — mais elle permet de prendre du recul, de décloisonner les regards, de mieux comprendre les mécanismes systémiques des violences sexuelles.

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